Résumé exécutif : Où vont les prix du gaz ?
Le marché mondial du gaz naturel passe rapidement des tensions d’approvisionnement des dernières années à un excédent systémique massif. Les prix sur les principaux hubs — Henry Hub américain et TTF européen — affichent un net biais baissier. Le déploiement à grande échelle de nouvelles capacités de liquéfaction de gaz naturel liquéfié (GNL) dans le bassin atlantique, sur fond de stagnation de la consommation industrielle, déclenche un cycle d’overproduction typique qui dictera les conditions de marché au cours des dix-huit prochains mois.
Principaux facteurs de pression :
Un tsunami mondial de capacités GNL : en 2026–2027, l’industrie mondiale est confrontée à une vague sans précédent de mises en service de nouvelles usines de liquéfaction. Le lancement de mégaprojets aux États‑Unis (dont Plaquemines et l’extension de Corpus Christi) ainsi que la montée en puissance progressive des capacités au Moyen‑Orient augmenteront l’offre mondiale de GNL de 7 à 10 % d’une année sur l’autre. Ce volume supplémentaire de matière première physique dépasse les capacités actuelles d’absorption du marché.
Refroidissement de la demande asiatique et alternatives par gazoduc : les grands importateurs asiatiques ont fortement réduit le rythme de leurs achats de GNL sur le marché spot. La production gazière domestique de la région augmente régulièrement, tandis que l’extension des principaux réseaux de gazoducs en provenance des régions voisines évince physiquement le combustible liquéfié coûteux. Un changement structurel en faveur de l’efficacité énergétique signifie que le marché asiatique ne peut plus jouer le rôle d’aspirateur inconditionnel pour les volumes excédentaires mondiaux.
Stockages européens pleins et limites de la demande : l’Europe aborde les nouvelles saisons avec des niveaux de stocks historiquement élevés dans ses installations de stockage souterrain de gaz (UGS). Même en tenant compte de la suppression progressive, d’ici 2027, des importations orientales restantes, la consommation globale de gaz de l’industrie dans l’UE reste déprimée et ne revient pas à ses niveaux d’avant‑crise. L’infrastructure logistique de réception de la marchandise est pleinement en place, ce qui prive le marché de pics de demande liés à la panique et réduit les marges à l’importation pour les fournisseurs.
Perspectives : faut‑il s’attendre à un krach des prix du gaz au Henry Hub et au TTF en 2026–2027 ?
Réponse : Oui, les cours atteindront des plus bas de plusieurs années ; un retour des prix vers les moyennes historiques des années passées ne se produira pas.
La mise en service de nouveaux terminaux GNL et le ralentissement de la demande imposent des plafonds stricts aux prix. À moyen terme, ce supercycle gazier se décomposera en deux phases :
Horizon 2026 (pression liée aux infrastructures) : au second semestre, à mesure que les nouveaux terminaux d’exportation américains monteront en puissance jusqu’à leur capacité nominale, l’excès de pression commencera à se répercuter sur le Henry Hub. Les prix domestiques du gaz aux États‑Unis resteront coincés dans un corridor déprimé de 2,10–2,45 $ par MMBtu. En Europe, les prix au TTF se replieront vers 28–32 € par MWh sur fond de stocks élevés à l’approche de l’hiver, avec des pics locaux possibles uniquement en cas d’anomalies météorologiques extrêmes.
Horizon 2027 (surplus à grande échelle) : au début de 2027, l’excédent mondial de GNL atteindra un pic avec l’achèvement des grands chantiers au Moyen‑Orient. Le marché fera face à une surabondance d’offre qui obligera les fournisseurs à se livrer à une concurrence acharnée pour trouver des acheteurs. Dans ces conditions, le prix moyen au Henry Hub risque de rester au régime sec, dans une fourchette de 2,50–2,80 $ par MMBtu. Pour le hub européen TTF, une phase de pression maximale s’installera : les cours pourront se stabiliser à des niveaux de 22–26 € par MWh (7–8 $ par MMBtu), constituant un plancher prolongé pour l’ensemble de l’industrie gazière.