Les données sur l’inflation publiées mercredi des deux côtés de la Manche dressent un tableau similaire — tout aussi gênant pour la Bank of England que pour la European Central Bank : l’inflation ne disparaît pas, et sa nature devient de plus en plus structurelle.

Au Royaume-Uni, l’indice des prix à la consommation (CPI) annuel est resté en mai au niveau d’avril, à 2,8 %, avec une hausse mensuelle modeste de 0,2 %. À première vue, la situation semble stable. Toutefois, un examen plus attentif révèle une réalité plus inquiétante. L’inflation sous-jacente a accéléré de 2,5 % à 2,6 %, et, fait notable, le secteur des services est passé de 3,2 % à 3,7 %. C’est là le principal problème pour la BoE, car ces chiffres indiquent que le choc énergétique s’est déjà transmis au secteur des services. Or, les services — tels que les salaires, les loyers et les dépenses de subsistance — ne réagissent pas directement aux prix du pétrole. Leur accélération suggère que les pressions inflationnistes se sont diffusées dans l’ensemble de l’économie et ne se résorberont pas rapidement. La BoE considère le secteur des services comme un indicateur clé de l’inflation « rigide », et ce retournement à la hausse constitue un argument de poids contre un assouplissement prématuré de la politique monétaire.
Pour la zone euro, Eurostat a confirmé mercredi son estimation préliminaire : l’inflation annuelle mesurée par le CPI en mai a accéléré à 3,2 %, contre 3,0 % en avril — son plus haut niveau depuis septembre 2023. Le marché n’a pas été surpris. En revanche, la révision à la hausse de l’inflation sous-jacente à 2,5 %, contre 2,2 % en avril, est bien plus significative.
Il s’agit d’un signal fondamentalement différent. Le chiffre global est gonflé par les prix de l’énergie, qui ont augmenté de 10,8–10,9 % sur un an sur fond d’escalade au Moyen-Orient — un choc qui commencera à s’atténuer de lui‑même avec la réouverture du détroit d’Hormuz. En revanche, la progression de l’inflation sous-jacente reflète des pressions qui s’enfoncent au cœur de l’économie, de manière similaire à ce que l’on observe au Royaume-Uni.
C’est le secteur des services qui l’illustre le plus clairement : une accélération de 3,0 % à 3,5 % indique que les entreprises et les salariés ont déjà commencé à intégrer l’inflation dans les salaires et les prix. Christine Lagarde l’avait signalé dans une interview à la radio française : « Nous avons absolument commencé à observer les effets indirects de l’inflation plus ou moins partout au cours des dernières semaines. » Les derniers chiffres le confirment.
L’image diffère toutefois selon les pays. Des accélérations ont été observées en Espagne, en Italie, en France et aux Pays-Bas, tandis que l’Allemagne a enregistré un ralentissement.
Rappelons que le 11 juin, la BCE a relevé son taux pour la première fois depuis 2023, de 25 points de base, à 2,25 %, et a simultanément revu à la hausse sa prévision d’inflation à 3,0 % pour 2026. La dernière publication valide cette approche. Les anticipations de marché intègrent déjà une deuxième hausse en juillet — et une inflation sous-jacente à 2,5 % conjuguée à une accélération des services renforce plutôt qu’elle n’affaiblit ce scénario.